Cloître de l'abbaye
Du vendredi 17 mai au dimanche 13 octobre
Dessins de Philippe Comar

Philippe Comar, né en 1955, est plasticien, scénographe, commissaire d’exposition et écrivain. Il a été professeur Beaux-Arts de Paris de 1979 à 2019. Ses œuvres ont été exposées au centre Pompidou, à la Biennale de Venise, à la Cité des sciences et de l’industrie, au musée des Arts et Métiers, au musée Picasso à Barcelone, à la chapelle des Petits-Augustins à Paris, au musée de Vence, à la Villa Tamaris à Toulon, au Musée muséum départemental de Gap. Elles figurent dans les collections du musée
national d’Art moderne et du Fonds national d’art contemporain. Il a, par ailleurs, conçu et réalisé l’exposition Sténopé, consacrée à la perspective, présentée depuis 1987 à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris. En 1999, il a réalisé la scénographie du ballet Orison de Pierre Darde, à l’Opéra national de Paris. Il a collaboré à la conception de grandes expositions thématiques traitant des rapports entre art et science, dernièrement à l’exposition Freud, du regard à l’écoute (musée d’Art et
d’Histoire du Judaïsme,Paris, 2019). Il est par ailleurs l’auteur de nombreux textes, ainsi que d’une douzaine d’ouvrages, essais, fictions, romans.

Le monastère est incrusté au centre d’un somptueux paysage en forme de cirque. L’âpreté du lieu, ses escarpements rocheux, la profusion des végétaux qui l’entourent, contrastent avec la sobriété et le dénuement de l’édifice.
Le contraste est d’autant plus fort dans le cloître que ce dernier laisse affleurer, au-dessus des faîtages rectilignes de la toiture, les crêtes irrégulières du paysage. Le cloître est tout à la fois ce qui isole du monde et ce qui, demeurant à ciel ouvert, permet de le ressentir. Il introduit un écart, une distance qui rend présent ce dont il nous protège.
Le cloître est comme le voile du Temple : tout en masquant ce qui est derrière, il nous révèle que quelque chose nous échappe, que quelque chose est soustrait au regard.
Cette opposition entre une nature profuse, diffuse, confuse, et un espace clos ordonné rend sensible l’étymologie du mot
« jardin », qui vient du haut germanique « warden », qui a donné en anglais « garden », et qui a la même origine que le mot
« garder » et « regarder ». Un jardin est un espace fermé, protégé par le regard qui veille sur son ordonnance.
C’est ce paysage intériorisé dont je voudrais rendre compte. Le cloître en nous coupant du « paysage spectacle », nous invite à une méditation sur le paysage même.
C’est seulement quand il est intériorisé, cloîtré, que le paysage devient jardin. La nature à l’état brut, nous ne savons la voir. Pour la voir et nous l’approprier, il faut l’enclore dans des limites, c’est-à-dire apprendre à la garder, la regarder.
J’ai voulu dans cette œuvre faire entrer dans le cloître trois fragments de paysage, sous la forme de trois grands dessins, figurant ce qui est justement derrière les murs, ce qui aveuglément fait pression sur eux. Il ne s’agit pas de faire entrer la nature à l’état brut dans ce lieu protégé, mais de la rendre présente par le dessin qui est d’abord une surface écran, un voile qui suppose une mise à distance. En intériorisant ce qui nous entoure, nous ne sommes plus seulement spectateur, mais acteur de cette contemplation. Nous inversons le rapport du vu et du voyant. Et nous pouvons même – à la faveur d’un moment de grâce – sentir que le cloître est ce lieu d’où le paysage nous regarde.