Homélie pour le dix-huitième dimanche du temps ordinaire – Année C
(Lc. 12,13-21)

(Lc. 12,13-21)

Ce matin-même le pape François, à Cracovie, célèbre la messe qui clôture les JMJ 2016. En arrivant, le pape avait adressé aux jeunes ce message : « Je suis triste lorsque je vois des jeunes qui ont perdu le match avant d’avoir commencé. Ils jettent l’éponge. Ils se mettent à la retraite avant même d’avoir commencé à vivre ».

Il est vrai que la jeunesse est affrontée aujourd’hui à un monde complexe et parfois inquiétant par la gravité des problèmes qu’il pose.

À peine arrivés à Cracovie, les jeunes du diocèse de Rouen ont été bouleversés par l’assassinat du père Jacques Hamel par de jeunes djihadistes. « Nous ne voulons pas nous laisser gagner par la peur, ont dit ces jeunes, nous voulons dépasser le désir de vengeance et continuer d’avancer dans la foi au Christ.

Saint Paul, dans sa lettre aux Colossiens (première lecture), vient nous stimuler : « Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ » (cf. Col. 3,1).

Si cette société mondialisée est difficile à vivre, il faut en chercher la cause dans le cœur de l’homme. Saint Paul énumère quelques-uns des maux qui affectent le cœur de chacun : « Débauche, impureté, passion, et cette soif de posséder qui est une idolâtrie » (cf. Col. 3,5). La soif de posséder peut être qualifiée d’idolâtrie, en effet, quand l’appropriation des richesses devient une fin en soi. Elle finit par dominer le cœur de l’homme et le rendre esclave. Jésus va même jusqu’à dire qu’elle le « rend fou » : « Tu es fou, cette nuit-même on te redemandera ta vie ! »

Voici un propriétaire dont les domaines ont produit des récoltes en abondance, raconte-t-il dans la parabole de l’évangile de ce jour. Cette parabole met en lumière le mécanisme d’accumulation des richesses qui est le ressort de notre société néolibérale, où la finance domine l’économie au lieu d’être à son service.

Une religieuse dominicaine, qui a travaillé dans un groupe textile comme ouvrière, a eu l’occasion de visiter la maison de ses anciens patrons, une sorte de petit château. Quel n’a pas été son étonnement de lire ce slogan inscrit sur un mur : « L’amour peut beaucoup, mais l’argent peut tout » ! Les valeurs que nous propose à vivre l’évangile sont à l’inverse de ce slogan. Non pas : « L’amour peut beaucoup mais l’argent peut tout », mais : « L’amour peut tout, mais l’argent peut beaucoup »…

L’argent peut beaucoup, il n’est pas fatalement corrupteur, à condition qu’on le maintienne à sa place de serviteur : au service de la vie –de la nôtre et de celle des autres– et non pas le thésauriser pour lui-même.

Faire de l’argent un bon serviteur au lieu de se laisser dominer par lui est possible si l’on combat cette part de nous-mêmes qui reste sous l’emprise du mal et du péché. Saint Paul appelle cette part de nous-mêmes : le vieil homme, l’homme ancien (cf. Col. 3,9). Faites-le mourir, nous dit-il : non pas par la seule force de la volonté, mais en union avec le Christ ressuscité.

Qui se décide une bonne fois à vivre en disciple de Jésus doit s’attendre à vivre une espèce de pâque quotidienne : mettre à mort son égoïsme pour s’ouvrir à l’amour de Dieu par le service des autres.

Saint Paul, encore : « Vous vous êtes débarrassés de l’homme ancien qui était en vous et de ses façons d’agir et vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau qui, pour se conformer à l’image de son Créateur, se renouvelle de jour en jour » (cf. Col. 3,9-10).

Notre société de consommation et de production nous entraîne dans une compétitivité sans fin : compétitivité entre les entreprises, entre les personnes, entre les peuples. Elle favorise l’individualisme, le pessimisme. Elle est incapable d’offrir à la jeunesse une vision d’avenir à long terme. Si l’on n’y prenait garde, on rejoindrait volontiers Qohélet (première lecture) dans son jugement sur la vie : « Que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Vanité des vanités, tout est vanité ! » (cf. Qo. 2,22-23). Salutaire avertissement, néanmoins, d’un homme âgé qui a perdu toutes ses illusions de jeunesse.

 « Faites-nous rêver » ont demandé les jeunes au pape François qui leur a répondu : « Ne jetez pas l’éponge avant d’avoir combattu ! »

J’ajouterai, en prolongeant l’image du combat : N’oubliez pas de prendre le Seigneur Jésus comme entraîneur. Avec lui l’amour peut tout, quand il gagne progressivement notre cœur.

Ce matin, frères et sœurs, que chacun se pose la question : « De quel amour pèse aujourd’hui ma vie ? »

 

Frère Jacques-François VERGONJEANNE