Homélie pour le quatrième dimanche de l’Avent
(Lc. 3,39-45)

(Lc. 3,39-45)

Quelques-uns parmi vous ont dû trouver très émouvant ce récit qui met en scène deux femmes enceintes ; la plus âgée, celle dont la grossesse est la plus avancée, sent bouger en elle le petit être dont elle est porteuse, et interprète ce mouvement comme une réaction d’allégresse. L’autre femme, plus jeune, en est à son tour très émue.

Oui, voilà qui est touchant, et au cours des siècles bien des peintres ont illustré ce thème de la rencontre entre les deux femmes, soit avant la naissance (c’est la scène de la « Visitation » telle que nous venons de l’entendre), soit après (et l’on voit alors Jésus et Jean-Baptiste jouer ensemble, sous l’œil attendri de leurs deux mamans).

Mais peut-être que d’autres ont été gênés par ce récit qui met à mal les règles de la gynécologie. Qu’un fœtus de six mois se mette à bouger, quoi de plus normal ! Mais que cela ait lieu en présence d’un autre embryon, comme dans une sorte de dialogue entre eux deux, voilà qui paraît plus étrange, et d’aucuns resteront peu sensibles à ce genre de « miracles ».

J’invite les uns les autres à dépasser leurs réactions spontanées pour entendre le dernier verset de notre passage d’évangile, où Élisabeth s’écrie, à l’adresse de Marie : « Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »

En effet, tout est là !

Si Marie occupe une place si importante dans notre mémoire chrétienne, dans nos liturgies, dans notre piété personnelle, c’est qu’elle a été, d’abord et avant tout, une femme de foi. Elle a cru à l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur.

Certes, elle n’a pas été la première. Dans l’épître aux Hébreux, l’auteur célèbre la foi de toute une série de personnages bibliques (cf. Hb. 11). Il commence par Abel, Hénoch et Noé, poursuit avec Abraham et Isaac, en arrive à Moïse et Josué, et puis s’avise qu’il n’aura pas le temps d’évoquer tous ces personnages, et en mentionne en bloc toute une série d’autres !

Oui, c’est dans cette longue tradition que s’inscrit Marie, qui représente en quelque sorte la dernière croyante de l’Ancien testament.

En même temps, elle est aussi la première croyante du Nouveau testament. Et c’est ce qui définit la place très particulière qu’elle occupe dans l’histoire du Salut.

Avec Marie, si l’on peut dire, un changement de vitesse s’est produit. Comme le dit encore l’épître aux Hébreux : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces derniers temps, nous a parlé par son Fils » (Hb. 1,1).

C’est en elle en effet que la parole de Dieu a pris chair, et désormais ce Verbe est à tout jamais incarné.

C’est vrai qu’elle a eu de la chance, Marie : un ange lui est apparu ! Je ne sais pas si cela est jamais arrivé à l’un d’entre vous –en tout cas, pas à moi !

Mais ce qui nous est arrivé à tous, c’est d’avoir entendu la parole du Seigneur, et d’avoir cru qu’elle pouvait s’accomplir, qu’elle pouvait s’incarner dans notre vie. Nous connaissons dans l’histoire de l’Église des épisodes particulièrement spectaculaires. Je pense à Antoine qui, à peine croyant, entre dans une église au moment où le prêtre lit l’évangile : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et viens, suis-moi ! » Et Antoine s’exécute séance tenante ! Cette parole peut venir à nous de façon plus discrète, dans l’Évangile ou dans la Bible, mais aussi à travers une rencontre, une lecture, un événement. Chacun de nous a ainsi son « Histoire sainte » marquée par des moments décisifs.

Cette parole, c’est le Christ lui-même qui cherche à s’incarner dans notre existence, à y prendre toute sa place comme il l’a fait dans l’existence de Marie, depuis que celle-ci lui a donné chair. Puissions-nous faire de même, et dire comme Jean-Baptiste, dans l’évangile de Jean : « Il faut que lui grandisse et que moi je diminue » (Jn. 3,30). Si vraiment le Seigneur déploie toute son envergure dans notre vie, nous pourrons même nous écrier avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » (Gal. 2,20).

Mais peut-être que cela reste réservé aux grands saints…

En tout cas, nous pouvons entendre ce que dit Jésus lui-même, à propos de sa propre mère : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique ! » (Lc. 8,21)

 

Frère Dominique CERBELAUD