Is 55,1-11 ; 1 Jn 5,1-9 ; Mc 1,7-11
11/01/2021

Is 55,1-11 ; 1 Jn 5,1-9 ; Mc 1,7-11 – pour le Baptême du Christ

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins », dit le Seigneur dans le livre d’Isaïe. Le Dieu de la Bible ne correspond pas aux représentations que s’en font les êtres humains ; il ne ressemble pas aux idoles qui foisonnent de tout temps, y compris de nos jours. Notre Dieu est déconcertant, c’est « le Dieu des surprises », aime à dire le pape François.

Le cycle de Noël nous offre plusieurs épisodes étonnants du début de la vie de Jésus, où nous voyons que Dieu n’agit pas comme pensent les hommes. La venue de son Fils dans la condition humaine, l’incarnation, est une vérité de foi inouïe : Dieu ne fait pas semblant de jouer à l’homme, il devient l’un de nous ! Et il ne vient pas comme un roi puissant ou un noble personnage, il naît comme un pauvre dans une étable, couché dans une mangeoire. Saint Luc insiste à trois reprises sur cette « mangeoire », comme pour souligner que Dieu se donne en nourriture, nous rassasie. Car une mangeoire est faite pour contenir la nourriture des animaux ; et, selon l’étymologie populaire, Bethléem signifie « Maison du Pain » ! Dans l’enfant Jésus, Dieu s’offre à nous avec tout son amour.

Avec la fête de son baptême, l’humilité et la discrétion de Dieu se poursuivent. Jésus se mêle à la foule des gens ordinaires qui viennent auprès de Jean-Baptiste, pour recevoir le pardon de Dieu et changer de vie. Jésus, le sans-péché, vient lui aussi recevoir le baptême des pécheurs ! Cette scène du baptême, nous en connaissons surtout la version présentée par l’évangile selon saint Matthieu, qui nous offre un véritable « Son et Lumière ». Chez lui, en effet, quand Jésus sort du Jourdain, les cieux s’ouvrent sous les yeux de toute la foule ébahie, et celle-ci entend la voix « off » du Père désignant Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ! » Mais Marc, le plus ancien évangile, est plus discret, sans effets spéciaux, comme si tout se passait dans l’intimité de la prière : dès que Jésus est sorti de l’eau, « il voit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe » ; et la voix qui vient des cieux s’adresse à lui : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

En lisant cette page d’évangile, certains ont compris que Jésus n’était qu’un homme ordinaire, que Dieu aurait adopté au Jourdain en lui disant : « Tu es mon Fils bien-aimé ! » Ce n’est pas le cas. Mais alors, comment comprendre cette parole ? Il me semble que le Père n’apprend rien de nouveau à Jésus, mais use à son égard du langage amoureux. Vous le savez, spécialement vous qui êtes mariés, de jeunes amoureux ou de très vieux (qui ont vécu ensemble 40, 50, 60 ans ou plus encore) aiment à se dire et à se redire : « Tu es mon chéri, ma chérie, mon amour, le tout de ma vie ! »

Si, dès que l’un ou l’une disait cela, l’autre lui répliquait : « Ça va, je le sais, ne te répète pas ! », eh bien ! le charme de l’amour mutuel serait rompu. Non, les amoureux n’hésitent pas à se dire et se redire leur amour. C’est ainsi que l’on peut interpréter la scène du baptême chez saint Marc : comme deux amoureux n’arrêtent pas de se dire qu’ils s’aiment, le Père et le Fils sont présentés dans une étroite communion de pensée et de cœur, car ils s’aiment de toute éternité. Si bien que, à l’autre bout du livre, le cri de Jésus pendant son agonie « Abba ! Père ! » (Mc 14,36) peut être pris pour la réponse aimante du Fils à son Père. Tout l’évangile selon Marc est un discret hommage au lien unique qui unit Jésus à Dieu son Père.

Nous l’avons entendu, le lien entre le baptême de Jésus et sa mort sur la croix est aussi présent dans la Première lettre de Jean : « Jésus Christ […] est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. » Saint Marc et saint Luc décrivent aussi la mort de Jésus comme un baptême (Mc 10,38-39 ; Lc 12,50), et dans la tradition chrétienne le martyre est souvent appelé « le baptême de sang ». 0

De sa naissance et son baptême à son agonie et sa mort, toute la vie de Jésus nous dit que Dieu fait les premiers pas. C’est lui qui vient à nous. Il nous appelle, comme l’a dit Isaïe : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! […] Venez à moi ! […] Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant […] revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. » Amen.

Frère Luc Devillers