Homélie du fr. Luc Devillers OP pour le dimanche 24 avril 2022 (2e dim. de Pâques)
dimanche 24 avril 2022

Homélie du fr. Luc Devillers OP pour le dimanche 24 avril 2022 (2e dim. de Pâques) – Boscodon

Ac 5,12-16 ; Ap 1,9…19 ; Jn 20,19-31 (Thomas)

 

Autrefois, ce deuxième dimanche de Pâques s’appelait « in albis », mots latins signifiant « en [vêtements] blancs ». En effet, les baptisés de la nuit pascale gardaient leur vêtement blanc jusqu’à ce jour. Il y a quelques années, à la demande de sainte Faustine, Jean Paul II l’avait décrété « dimanche de la divine Miséricorde ». Le lien entre Pâques et la miséricorde est attesté dans le Nouveau Testament, puisque la Première lettre de Pierre dit ceci : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1,3).

Mais chaque année on lit en ce jour l’évangile de l’apparition du Ressuscité à Thomas, car cet épisode se passe huit jours après Pâques. Thomas est devenu un des plus célèbres disciples de Jésus : « Moi, je suis comme saint Thomas, je ne crois que ce que je touche ! » En réalité, cette présentation caricaturale ne rend pas justice à ce disciple courageux et honnête. Regardons son parcours tel que le rapporte saint Jean, qui le nomme sept fois, un chiffre symbolique qui dit une certaine perfection (Jn 11,16 ; 14,5 ; 20,24.26.27.28 ; 21,2). Thomas y intervient toujours en lien avec la mort et la résurrection de Jésus : bref, avec le cœur de notre foi.

Tout commence lorsque Jésus et ses disciples rentrent à Jérusalem, après avoir vécu une retraite de l’autre côté du Jourdain (actuelle Jordanie), « au lieu où Jean (le Baptiste) avait commencé à baptiser » (Jn 10,40 ; cf, 1,28) : Jésus avait fui Jérusalem pour échapper à une lapidation (Jn 10,31.39). Thomas dit alors aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » Il témoigne ainsi de son affection pour Jésus, et montre son courage. Mais il exprime aussi le sens de la vie chrétienne, telle qu’elle a été proposée aux nouveaux baptisés de Pâques : descendre dans la piscine baptismale pour mourir au « vieil homme avec ses convoitises » (Ep 4,22), et en remonter pour vivre de la vie nouvelle du Ressuscité (Rm 6,4).

Lors du dernier repas avant la passion, Thomas dit à Jésus : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14,5-6). L’audace et l’humilité de Thomas nous ont valu cette merveilleuse réponse de Jésus : à nous maintenant de suivre Jésus, pour aller par lui vers le Père et entrer dans la vie ! Thomas apparaîtra une dernière fois à la fin de l’évangile, pour la pêche miraculeuse (Jn 21,2) : avec d’autres, il fait l’expérience de la vie surabondante que donne le Seigneur ressuscité.

Mais aujourd’hui, c’est la scène principale consacrée à ce disciple qui nous est proposée. Au soir de Pâques, les disciples ont vu Jésus Ressuscité, et ils le disent à Thomas : « Nous avons vu le Seigneur ! » Jean avait écrit plus haut : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur » (Jn 20,20.25). Voir le Seigneur est pour eux un motif de joie. Or, puisqu’il fait partie des Douze, Thomas veut à son tour faire cette expérience (Jn 20,25) : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Mais Jean précise le sens de son nom : « Thomas, appelé Didyme » (Jn 11,16 ; 20,24 ; 21,2). C’est-à-dire « jumeau » ou, mieux encore, un personnage qui joue un double rôle : à la fois membre du groupe fondateur des Douze et représentant des générations croyantes qui n’auront pas connu Jésus directement, comme nous. En tant que « l’un des Douze » il réclame son droit à voir Jésus. Et il sera exaucé, et pourra s’écrier : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Il n’a plus besoin de mettre ses doigts dans les marques des clous. D’ailleurs, Jésus lui dira : « Parce que tu m’as vu, tu crois », et non : Parce que tu m’as touché ! Mais son absence le soir de Pâques fait de lui notre représentant : il aurait alors dû croire à la parole des premiers disciples, parole transmise de dimanche en dimanche dans nos églises. À notre tour accueillons leur témoignage, et nous trouverons la vraie joie, car « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » Amen.