Homélie du 1er janvier
Nb 6,22-27 ; Ga 4,4-7 ; Lc 2,16-21
20210107

Nb 6,22-27 ; Ga 4,4-7 ; Lc 2,16-21 – pour la fête de sainte Marie Mère de Dieu

Les lectures de ce jour solennel sont particulièrement brèves. Cela n’enlève rien à leur importance, car chacune d’elles a été choisie pour exprimer un aspect particulier de la fête que nous célébrons.

Mais n’oublions pas, tout d’abord, que le 1er janvier marque le début de l’année civile. En tant que chrétiens nous ne devons pas vivre selon l’esprit du monde, mais nous ne sommes pas hors du monde. Nous avons donc adopté depuis longtemps ce calendrier qui fait commencer l’année civile au premier jour du mois de janvier. Et le nom de ce mois, en latin januarius, vient du mot janua qui signifie « porte ». Le premier mois de l’année est comme une porte. Une porte marque une frontière entre deux lieux. Sur le seuil d’une porte, on peut tendre son regard vers l’avenir encore inconnu, un peu comme dans la vieille chanson : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » Mais on peut aussi se retourner, et embrasser d’un regard l’année qui vient de s’écouler. Et celle-là, nous la connaissons bien, puisque nous venons de la vivre. Chacun-e de nous en garde un souvenir particulier, lié à son histoire personnelle. Ainsi, moi, je pourrais dire que trois événements au moins ont traversé mon existence en l’année 2020 : le décès de ma mère (18 juin), à près de 96 ans ; la fin de mon enseignement à la faculté de théologie de Fribourg, avec le début de ma retraite (1er août) ; enfin, mon arrivée dans cette abbaye de Boscodon (3 août), que j’aime tant depuis quarante ans.

Mais bien d’autres faits encore sont intervenus, qui ont touché tant mon histoire personnelle que celle de mon ordre, de ma famille, sans parler de l’ensemble de l’humanité. Par exemple, pouvons-nous oublier le covid-19, ses victimes, ses confinements et déconfinements, ses mesures barrières ? À vue humaine, même en ayant recours aux meilleurs spécialistes des maladies infectieuses, des questions hospitalières ou de la géopolitique, nous ignorons ce que 2021 sera sur le plan sanitaire et de la cohabitation fraternelle entre cultures et États différents, Nous ignorons aussi ce que chacun-e de nous en fera. Mais, heureusement, nous ne sommes pas seuls, abandonnés à la dérive dans un monde en perdition. Le Seigneur est là ! C’est du moins ce que des croyants doivent se dire et se redire. Le Seigneur est là, et il ne nous abandonne pas. C’est alors que la liturgie peut nous aider à franchir le seuil de l’année nouvelle. Car chaque lecture de ce jour nous apporte son soutien.

Du livre des Nombres, nous avons entendu la très belle bénédiction que les prêtres devaient dire sur le peuple. Les prêtres ne créent pas cette bénédiction, ils n’en sont pas l’auteur. Ils la reçoivent de Dieu. À travers leur ministère c’est donc Dieu qui se penche vers nous et dit sa tendresse de Père : « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » Et le psaume faisait écho à cette bénédiction divine, en exhortant toutes les nations à la joie, car Dieu les aime et les gouverne avec justice. Mais les hommes sauront-ils écouter la voix de Dieu, afin que l’année nouvelle resplendisse d’un peu plus de justice ?

Le bref passage de la lettre aux Galates nous rappelle que Noël, c’est la naissance parmi nous du Fils de Dieu, « né d’une femme » comme tout être humain, mais enraciné dans le peuple juif et ainsi soumis à la Loi de Moïse. Paul voit dans l’incarnation le moyen choisi par Dieu pour faire de nous ses fils adoptifs : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie ‟Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » Grâce à Jésus, nous pouvons vraiment appeler Dieu « notre Père » !

Enfin, l’évangile nous a présenté l’adoration des bergers, c’est-à-dire des petites gens. À l’époque biblique, en effet, les bergers étaient indispensables à la vie économique du peuple et cependant mal vus, car ils vivaient en marge de la société, loin de toute pratique religieuse. Pourtant, au long de l’histoire, Dieu a choisi des bergers pour guider son peuple – Moïse, David –, et lui-même se présente comme le Berger d’Israël. Jésus, que nous venons adorer ce matin et à qui nous confions l’année qui commence, se déclare à son tour « Bon Pasteur ». Alors, comme les bergers de l’évangile, n’hésitons pas à proclamer les louanges de Dieu. Et comme Marie, que l’Église célèbre en ce jour comme la « Mère de Dieu », gardons tout cela dans notre cœur, et méditons-le sans cesse. Avec la grâce de Dieu, je vous souhaite une bonne année 2021 ! Amen.

Frère Luc Devillers