Pour le 2e dim. d’Avent
Is 40,1-5.9-11 ; 2 P 3,8-14 ; Mc 1,1-8
06/12/2020

Is 40,1-5.9-11 ; 2 P 3,8-14 ; Mc 1,1-8

De hautes montagnes, des ravins, des escarpements, un berger et son troupeau. Dans cette abbatiale environnée par un si bel écrin de nature, les images employées par le prophète Isaïe nous parlent. Mais Isaïe sait que la montagne a deux faces, l’une attirante et l’autre dangereuse. C’est bien d’une haute montagne, dit-il, que la Bonne Nouvelle est annoncée : la montagne évoque alors la rencontre de Dieu, la montagne de Sion, celle du Carmel et celle du Thabor. Cependant, la montagne n’est pas sans risque : les incidents mis en lien avec la forêt de Boscodon et le massif du Morgon nous le rappellent. Aussi faut-il que les escarpements soient aplanis. Mais quand Isaïe dit cela, il ne pense pas aux montagnes de roche, mais aux pièges qui tapissent et étouffent nos cœurs. Il annonce alors que Dieu vient nous sauver, nous dégager de tous les lieux et liens de mort. Notre Dieu agit comme un berger qui a le souci de ses bêtes et ne veut en perdre aucune. La deuxième lecture nous l’a rappelé : Dieu « prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. » C’est la paix, la vraie paix qui rime avec justice, vérité et salut (comme disait le psaume), qu’il veut pour toute l’humanité.

En ces temps troublés, dans des conditions jamais expérimentées jusque-là, il est important que nous ne perdions pas de vue l’essentiel, et que notre foi en Dieu soit renouvelée. Contrairement à ce que croient certains de nos contemporains, Dieu n’est pas un empêcheur de vivre, un saboteur de liberté. Bien au contraire, c’est en lui que notre vie trouve son sens plénier, et sa joie. Si nous ne croyons pas cela, alors notre présence ici, ce matin, n’a aucun sens. Mais en nous préparant à accueillir ce Dieu qui épouse notre condition humaine, l’Avent ne nous invite pas à nous évader de la dure réalité quotidienne. Bien au contraire, nous sommes venus l’irriguer à sa source, car c’est de Dieu que nous tenons la vie ; et c’est en lui que nous la reprenons, toujours plus belle et plus fraîche.

Malgré son nom, la Deuxième Lettre de Pierre n’est pas de Simon le pêcheur du lac. C’est même probablement l’écrit le plus récent du Nouveau Testament (début du deuxième siècle). Mais, en se réclamant du patronage du grand apôtre, son auteur nous exhorte à la confiance en Dieu. Car, depuis que Jésus avait prêché la venue imminente du Règne de Dieu, à la suite de Jean-Baptiste, il s’était passé beaucoup de temps ; les premiers disciples avaient quitté la scène, et certains croyants commençaient à douter de la véracité de leur prédication. Dieu ne serait-il pas une illusion, comme le suggéraient déjà certains sceptiques dont les psaumes ont retenu l’objection ? Eh bien ! non, dit l’auteur de la lettre : Dieu ne nous a pas oubliés. Non, il n’est pas incapable de tenir sa promesse : il viendra sûrement. Un jour, poursuit l’auteur, le monde actuel prendra fin : « Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. »

Toutefois, ne nous laissons pas abuser par la thématique du ciel nouveau et de la terre nouvelle. Ces mots peuvent être interprétés de travers, comme s’ils nous incitaient à nous détourner du monde, à nous désintéresser de son sort, sous prétexte que la réalité éternelle promise par Dieu serait autre, et ailleurs. Ce serait contraire à la foi chrétienne et au témoignage des Écritures, qui affirment que cette terre des hommes sera profondément renouvelée. Non pas détruite et jetée à la poubelle comme un vieux décor de théâtre devenu inutile, mais renouvelée : un psaume que nous chantons à la Pentecôte dit que l’Esprit du Seigneur « renouvelle la face de la terre » (Ps 103,30). De même que le Seigneur transforme peu à peu notre cœur de pierre en un cœur de chair (Ez 36,26), de même que notre corps mortel sera un jour transfiguré à l’image du corps glorieux du Ressuscité (Ph 3,21), de même toute la création sera renouvelée par le Seigneur. La IVe prière eucharistique s’achève d’ailleurs par ce beau cri de joie : « … dans ton Royaume où nous pourrons, avec la création tout entière enfin libérée du péché et de la mort, te glorifier par le Christ, notre Seigneur ».

Frères et sœurs, à la suite d’Isaïe, de Jean-Baptiste et des apôtres, préparons le chemin du Seigneur. Commençons tout d’abord par vivre nous-mêmes plus intensément du désir de le rencontrer. Et ainsi nous pourrons témoigner de lui par toute notre vie, sans bruit mais en toute vérité. Amen.

Frère Luc