Pour vous, qui suis-je?
23/08/2020

 Is 22,19-23 ; Rm 11,33-36 ; Mt 16,13-20 (Pour vous, qui suis-je ?)

« Pour vous, qui suis-je ? », nous dit aujourd’hui Jésus. Beaucoup de gens s’intéressent à Jésus, non seulement parmi les chrétiens, mais aussi parmi d’autres croyants : Juifs, bouddhistes, musulmans ; et même parmi des incroyants. Cependant, il existe toujours quelques individus qui prétendent que Jésus n’a jamais existé. Michel Onfray, auteur à succès publié par un grand éditeur parisien, joue à fond cette partition. Mais ses propos sont dénués de fondement, car il n’apporte aucun argument philosophique ou historique sérieux pour affirmer que Jésus n’a jamais existé. Il n’hésite même pas à user de grossièretés, et seul le cadre liturgique dans lequel nous sommes m’empêche de vous citer ses pages les plus vulgaires sur le sujet. Voici juste quelques lignes d’un de ses ouvrages intitulé Décadence :

« Jésus est une pure parole, un Verbe pur, un simple Logos. Il n’a donc aucune existence historique mais, comme quand on a ouvert un oignon et que l’on ne trouve rien en son centre, Jésus est un oignon conceptuel au centre duquel on ne découvre qu’un verbe, une parole, un discours. […] Certes, Jésus a encore plusieurs milliards de disciples sur la planète. Mais une hallucination collective a beau être collective, et rassembler de vastes foules, elle n’en demeure pas moins une illusion. Comme Isis et Osiris, Shiva et Vishnou, Zeus et Pan, Jupiter et Mercure, Thot et Freia, Baptiste et Jésus sont des fictions.[1] »

De son côté, Thomas Brodie, un Irlandais spécialiste de la Bible (et ancien dominicain !), a une approche plus sérieuse des données bibliques, qu’il connaît bien et respecte[2]. Cependant, il est hypnotisé par les nombreux rapprochements que l’on peut faire entre différents textes bibliques, et il en tire la conclusion hâtive que Jésus n’a pas eu d’existence historique.
Les récits qui parlent de lui offriraient simplement une belle synthèse de tout ce qu’il y a dans la Bible.

Quant à Nanine Charbonnel, professeure de philosophie, elle prétend que tout le monde avant elle s’est fourvoyé dans la manière d’étudier la question « Jésus », et dans l’interprétation des récits le concernant. Voici sa thèse : « Il s’agit, dans les Évangiles, d’un accomplissement non pas dans le réel historique mais bien dans la seule textualité, et ce, en suivant la logique même du judaïsme[3]. » Jésus serait donc un personnage de papier, sans ancrage dans la vie réelle. Il est une création des premiers chrétiens, qui ont construit autour de lui une sorte de vaste commentaire biblique à la manière juive, un midrash, en rapprochant différents textes les uns des autres, en les superposant.

« Pour vous, qui suis-je ? » Pierre est le premier, et le seul, à répondre à Jésus. Brave Pierre, toujours impulsif, toujours le premier ! Aujourd’hui il confesse la divinité et la messianité de Jésus. Mais la suite du texte nous montrerait qu’il n’a en fait rien compris ; il lui faudra traverser l’échec apparent de la croix et rencontrer le Ressuscité pour qu’il puisse proclamer : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié » (Ac 2,36). Et vous, que dites-vous de Jésus ? Qui est-il pour vous, pour votre couple, pour votre famille ? Avez-vous une relation particulière avec lui ? Est-il pour vous un véritable être de chair, un frère, un ami, ou simplement un modèle théorique à imiter ? Lisons les évangiles, méditons-les, prions-les. Le mystère de la personne de Jésus ne s’éclaircira qu’au fur et à mesure que nous avancerons sur le chemin de la foi. N’ayons pas peur de nos balbutiements ni de nos hésitations. Nous avons toute la vie pour découvrir un peu mieux qui est Jésus, l’Envoyé du Père, le prophète de Nazareth. Amen.

[1] Michel Onfray, Décadence : vie et mort du judéo-christianisme, Paris, Flammarion, 2017, p. 62 et 63.

[2] Thomas L. Brodie, Beyond the Quest for the Historical Jesus: Memoir of a Discovery, Sheffield, Phoenix Press, 2012.

[3] Nanine Charbonnel, Jésus-Christ, sublime figure de papier, Paris, Berg International, 2017, p. 157.

Frère Luc