Solennité de la Présentation du Seigneur
Ml 3,1-4 ; He 2,14-18 ; Lc 2,22-4

Ml 3,1-4 ; He 2,14-18 ; Lc 2,22-4

Cette année, nous avons la joie de célébrer la fête de la Présentation de Jésus au cours d’un dimanche. En effet, la Chandeleur – comme on l’appelle encore – est une fête si importante qu’elle a la priorité sur la célébration d’un dimanche ordinaire.

Aujourd’hui, Marie et Joseph accomplissent un rite de la tradition d’Israël : présenter et consacrer au Seigneur un enfant premier-né qui vient de naître. Non pas pour le sacrifier, comme cela se faisait dans certaines religions de l’antiquité, mais pour nous rappeler que toute vie vient de Dieu. De nos jours, il y a de plus en plus de situations nouvelles dans le domaine de la paternité et de la maternité. Mais, qu’ils soient parents biologiques ou adoptifs, tous les parents sont invités à entendre ces mots de Khalil Gibran, auteur libanais du xxe siècle, dans son célèbre livre Le Prophète : « Vos enfants ne sont pas vos enfants ! » Oui, toute vie vient de Dieu et lui appartient. Il est le Dieu vivant et donateur de vie, la source de toute vie. Marie a vécu en sa chair le mystère d’une maternité inouïe. Elle offre à Dieu l’enfant qu’elle a reçu de lui, car il ne lui appartient pas. Son rôle de mère a été de lui donner la vie de ce monde, de veiller sur sa croissance avec Joseph, mais toujours sous le regard et la protection de Dieu.

Au temple de Jérusalem, Marie et Joseph rencontrent deux belles figures : un homme et une femme qui représentent l’Israël croyant. Syméon, dont le nom évoque la disposition à écouter la Parole de Dieu, attendait la consolation d’Israël (Lc 2,25) ; quant à Anne, dont le nom évoque la grâce de Dieu – le don gratuit de son amour –, elle rend témoignage à l’enfant Jésus devant tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem (Lc 2,38). Saint Luc aime montrer que le salut de Dieu est offert à toute l’humanité, hommes et femmes : je l’avais souligné ici, en août dernier, lors d’une conférence sur les disciples d’Emmaüs, qui pour moi sont un homme et une femme. Ce n’est donc pas un hasard si Jésus, né de Marie et pris en charge par Joseph, est reconnu aujourd’hui par un homme et une femme, Syméon et Anne.

Animé par l’Esprit, Syméon prend l’enfant Jésus dans ses bras. L’audace et le paradoxe de la foi chrétienne est d’affirmer que le Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, vient épouser notre humanité en se faisant tout petit. Dans le ventre de Marie, il a d’abord été un embryon, puis un fœtus. Quarante jours après sa naissance, en ce jour de la Présentation, il est encore un petit bébé bien fragile : juste quelques kilos de chair et de sang animés par le souffle vital ! Or, c’est en le prenant dans ses bras que Syméon proclame : Mes yeux ont vu ton salut (Lc 2,30). Instruit par l’Esprit Saint, il sait que l’enfant qu’il porte et voit est le salut en personne. Car, pour saint Luc, le salut n’est pas une notion intellectuelle, mais une réalité concrète, en chair et en os ; un salut qui se voit et qui donne la joie ! Voir le salut de Dieu, c’est la promesse qui traverse l’Écriture, en particulier les prières assoiffées des psaumes et certaines pages lumineuses d’Isaïe : De longs jours je veux le rassasier, et je ferai qu’il voie mon salut (Ps 91/90,16) ; Et toute chair verra le salut de Dieu (Is 40,5 dans le texte grec, cf. Lc 3,6).

Parce qu’il a vu le salut de Dieu, Syméon laisse jaillir son chant et se dit prêt à partir en paix (Lc 2,29-30). L’Église a repris sa démarche à l’office du soir (complies), en nous invitant à confier à Dieu notre nuit. Tout remettre entre les mains de Dieu, ce n’est pas démissionner, mais dire notre action de grâces envers Celui qui veut pour nous la vie et le bonheur.

Après cela, Syméon prononce une sombre prophétie : l’enfant sera signe de division et de contradiction, et sa mère en souffrira aussi (Lc 2,33-35). L’amour de Dieu se heurte souvent au refus de l’humanité, qui ira jusqu’à mettre à mort le Prince de la vie (cf. Ac 3,15). Mais, nouveau paradoxe, de la croix jaillira la vie : Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire ?, dira le Ressuscité aux disciples d’Emmaüs (Lc 24,26). La vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille. Mais, avec l’aide de Dieu – dont nous parlent si bien au quotidien les psaumes –, nous pouvons traverser toutes les épreuves, même les plus inimaginables.

Frères et sœurs, que la joie de cette fête fasse grandir notre confiance en ce Dieu qui nous aime et se fait si proche de nous, tout en respectant infiniment notre liberté ! Amen.

Luc Devillers OP