HOMÉLIES

Questionner

  • 16 avril 2018

C’est encore la Fête de Pâques. Cet évangile nous transporte d’abord au soir de la Résurrection, avec la joie et même le premier envoi de l’Esprit Saint pour que les disciples deviennent missionnaires et porteurs de pardon.

Puis, le 8ème jour suivant, nous voyons encore le Ressuscité, acceptant les exigences de l’apôtre Thomas : « Tu peux toucher mes mains percées et la blessure de mon côté ». Gardons-nous d’être sévères contre cet apôtre et contre les mal-croyants d’aujourd’hui ! Gardons-nous aussi de « laisser faire » ceux qui ne suivent que le bon plaisir, ne croyant rien, dans l’immédiateté.

Ainsi certaines dérives, par exemple après mai 1968. Jésus n’était pas venu supprimer la Loi, mais l’accomplir. Venu pour convertir et sauver les humains, il a tenu compte de leurs questions authentiques.

Thomas n’est pas l’esclave d’un gourou. Il cherche et s’interroge sincèrement. Il représente cette part de nous-mêmes qui veut éclairer, par notre réflexion, les événements du monde. Ce n’est pas pour nous mettre en valeur ni pour pinailler que nous posons des questions, mais pour mieux agir vers un progrès d’humanité.

Absent au soir de Pâques, Thomas a ensuite posé des questions sincères, quitte à scandaliser ses frères. De même Jésus avait été poseur de vraies questions. Sans doute dès la petite enfance, se-couant Joseph – catéchiste bien formé et alphabétisé – ainsi que Marie la super servante.

A 12 ans, Jésus questionne les religieux savants de Jérusalem : il les pousse dans leurs retranchements. Adulte, le Fils de Dieu interpelle les pécheurs et ceux qui se croient parfaits. Les questions posées sont relancées : « Et toi, et vous, qu’est-ce que vous en dites ? »

Ses paraboles secouent les gens ; et son comportement, libéré des diverses modes ou coutumes, relance la foi du peuple. Tout cela est dans la lignée des prophètes, les poseurs de questions, souvent rejetés et persécutés. Le Christ est le plus grand Prophète : c’est pour cela qu’on le met à mort.

Après Jésus, L’Esprit d’intelligence vient encore sur les apôtres sur les principaux disciples, pour qu’ils réveillent toutes les nations.

Les Actes des Apôtres racontent cette interpellation des diverses populations. Y compris par la complète mise en commun des biens dans la première Communauté de Jérusalem. L’Eglise doit poser à la société les principales questions.

Au IVème siècle, les moines, nombreux, vont habiter dans les solitudes pour interpeller les gens. Au XIIème siècle, les monastères se multiplient en Europe, pour que les gens refusent les ténèbres du paganisme, des injustices et du désespoir. Au XIIIème siècle, les Dominicains encouragent les débats, la formation universitaire et les « questions disputées ».

Ainsi, à la fois le cœur et l’esprit humain deviennent plus croyants. Certes, heureux celui qui croie sans avoir tout vu. Mais St François de Sales dit aux chrétiens : « Attendez qu’on vous interroge avant de témoigner. Mais vivez de façon que les gens vous questionnent ».

Le tombeau vide et l’évangile de ce jour sont les vraies questions. La 1ère lecture nous a montré l’Eglise il y a 20 siècles à Jérusalem : un seul cœur, une seule âme, mettant leurs biens en commun. La 2ème lecture demande d’aimer et de croire en Christ, lui qui est venu avec l’eau – son baptême, sa vie parmi les hommes – et avec le sang –sur la croix-. Et l’Esprit de vérité rend témoignage à ce Fils de Dieu Sauveur. Frères et sœurs, de question en réponse progressons chaque jour dans notre vie de communauté chrétienne !

Frère Régis BRON