HOMÉLIES

Après la gifle

  • 21 février 2017

                                                               Lévit. 19, 1-2, 17-1  /  1 Cor. 3,    16 -23  / Mat.  5,   38 -  48

      Au long de l’enseignement du Christ sur la montagne, transmis par l’évangéliste Matthieu, nous sommes secoués. Dimanche dernier, Jésus, au lieu de balayer les exigences de la loi juive, les renforçait : « Vous avez appris … eh bien moi je vous dis… »

     Ce matin, une gifle nous frappe : c’est la demande de tendre l’autre joue. Alors, Jésus est-il masochiste ? De plus, serait-il même sadique vis  à vis de nous ?

     D’abord, entendons-nous quand même  sur un cas de morale un peu différent : si un jour nous avons le moyen d’assommer des agresseurs avant qu’ils tuent un enfant ou des innocents, c’est bien notre devoir d’intervenir.

     En tout cas, cet évangile nous demande de répondre, après avoir été frappés, autrement que la loi du talion, qui inflige à l’agresseur une souffrance équivalente à celle qu’il nous avait infligée.

     En fait, Jésus veut toujours qu’on développe l’humanité  et donc de nouvelles relations positives.

Or souvent l’agresseur et l’agressé se bloquent en pensant la seule alternative : « c’est ou lui ou moi qui écrase l’autre », le Christ – qui bientôt allait recevoir les coups les plus graves – a voulu nous encourager à vivre un comportement nouveau, un geste qui rouvre la rencontre et l’avenir.

     Tendre l’autre joue, c’est  autre chose que de se laisser gifler. C’est une parole neuve, un message de personne à personne, une ouverture avec certes une part de risque.

     J’ai essayé : après un coup que m’a lancé un haïtien de mauvais quartier, j’ai dit aussitôt : 

« Frappe encore, mais pourquoi ? » Il n’a pas re-frappé. Par la suite, on a pu se parler plusieurs fois, comme des voisins calmes.

     Le texte évangélique de ce jour affirme que l’ancienne Loi disait : «  Tu aimeras ton prochain » -ce

qui est vrai- puis « Tu haïras ton ennemi ». En fait, ce dernier point est un mauvais raccourci. La vraie phrase est celle du Livre des Lévites, que nous entendions en première lecture : « Tu réprimanderas ton compatriote s’il fait le mal, mais sans haine ni vengeance, pour qu’il ne s’imagine pas faire le bien, et pour que le péché ne te contamine pas ! »

      Réprimander : oui, dit la Bible, mais sans haine dans ton cœur, sans rancune. Et il est précisé :

« Tu aimeras l’autre. Je suis saint, je suis le Seigneur. »  Jésus ne demandera pas à la société de supprimer les lois ni les condamnations pénales, mais il priera chacun d’agir contre le mal : «  Ne t’enferme pas. Tu aimeras le prochain autant que toi-même.     Ce n’est pas le moment que je vous raconte ce matin quelques grandes ou petites victoires de certains groupes non-violents contre des nazis ou des potentats. Mais pensons toujours aux priorités évangéliques et humaines, que ce soit dans les communautés chrétiennes ou dans les réalités civiles.

     Et l’épître de l’apôtre Paul nous rappelle que chacun, chacune est un temple de Dieu, rien de moins. C’est une exigence assez folle mais finalement sage devant le Seigneur. Les apôtres – Pierre, Paul, Apollos – sont pour vous, avec le monde, la vie, la mort, le présent et l’avenir. Tout est à vous,  mais vous êtes au Christ, et par lui vous êtes à Dieu !

     Frères et sœurs, même si les entreprises et les pays ont à gérer des travaux et des situations difficiles et en grand nombre -  dans ce qu’on appelle une morale de responsabilités – ,  il faut que les

Chrétiens progressent aussi dans une morale PROPHETIQUE ,  avec  par exemple  cet appel : si on réquisitionne ta tunique, laisse en plus ton manteau !

Aimez même vos ennemis, pour ressembler à votre Père du ciel, qui est parfait !

                                                                                                    Frère Régis Bron